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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 19:51

 

Et de sa bouche sortait un glaive.

Les monarchomaques au XVIe siècle,

études réunies par Paul-Alexis

Mellet, Cahier d’Humanisme et

Renaissance, volume 75, Droz,

Genève, 2006, 188 p.

 

Issu de communications faites lors d’une journée d’études organisée au Centre d’Études Supérieures de la Renaissance de Tours en mai 2003, ce volume regroupe, après l’introduction de son organisateur et éditeur, sept articles portant uniquement sur des auteurs calvinistes et regroupés en trois sous-ensembles : place de la pensée « monarchomaque » dans la tradition religieuse et philosophique, son développement en Europe à la Renaissance et la manière dont elle envisage la souveraineté, problème, en fait, central dans toute étude consacrée aux monarchomaques. Thierry Ménissier montre d’abord comment entre tradition antique et tradition chrétienne et dans le contexte intellectuel de l’époque, les traités monarchomaques de la Renaissance ont développé une théorie contractuelle de l’obéissance, ont appuyé la société sur l’égalité et le souci de justice, et confié au souverain la mission de veiller à la protection des biens des sujets. Autant d’innovations qui lui font conclure que ces traités ont fécondé « par-dessus les thèses patriarcales et souverainistes » de l’âge classique la pensée du droit naturel moderne. La belle étude, nourrie (45 pages !), de Cornel Zwierlein interroge de « Florence à Magdebourg » la dialectique de « la loi de Dieu et [de] l’obligation à la défense » de « 1494 à 1550 ». Elle offre–ce qui est une aubaine pour le lecteur curieux – les textes canoniques sur le sujet et étudie les réponses, parfois paradoxales, souvent contradictoires, que Savonarole, puis Luther, les luthériens – particulièrement les gnésioluthériens –, Melanchthon, Bucer, Philippe de Hesse et enfin Calvin ont pu donner à cette question fondamentale. C. Zwierlen conclut de son enquête d’une part que les calvinistes doivent beaucoup plus à la pensée « post-thomiste haute-allemande » qu’à l’« augustinisme renforcé des « gnésioluthériens », d’autre part qu’ainsi se met en place chez les calvinistes un langage politique émancipé de la théologie. Le terme monarchomaque, lancé par William Barclay en 1600 pour désigner celui qui appelle au renversement des rois, voire au régicide, demandait [re]définition ou précision. Paul-Alexis Mellet suggère de façon assez originale d’y voir plutôt qu’une catégorie de théoriciens politiques, l’épithète de textes politiques chrétiens répondant à cinq critères, donnés p. 81. Et un examen soigneux de tous les aspects de la conjoncture autour de 1570 lui permet de réduire l’influence, majeure pour Ralph Giesey, de la Saint-Barthélemy sur la radicalisation de la littérature monarchomaque et d’en dater l’efflorescence plutôt de 1567-1568. Hugues Daussy démontre, lui, comment les Vindiciæ contra tyrannos, écrites pourtant ailleurs et en d’autres temps par Duplessis-Mornay, comme il s’en convainc et en convainc son lecteur, ont rencontré, grâce à leur largeur de vue, l’idéologie des révoltés des Pays-Bas et comment cette convergence en explique la diffusion néerlandaise début 1579. Quant à Robert M. Kingdom, il scrute quatre « écrits » (le dernier est un sermon sur la passion publié en 1592) où Bèze aborde le problème du pouvoir et de la résistance que le chrétien peut être fondé à lui opposer ; nulle part, conclut-il, ne s’y voit d’appel au tyrannicide ni de justification de l’assassinat politique. Et travaillant la notion de « capitulation » Arlette Jouanna examine « la contractualisation de la loi au XVIe siècle » dans des traités de Jean de Coras, de Junius Brutus, Bèze, de Bodin, voire d’anonymes Discours politiques de 1578, s’appuyant aussi sur telle lettre d’Étienne Pasquier et les archives des États Généraux. Elle dessine très clairement le divorce grandissant entre les réformés – et les ligueurs d’accord avec eux sur ce point –, bref les monarchomaques qui promeuvent la conception d’une loi légitimée par un contrat tacite (l’obéissance du sujet contre la promesse de protection royale qui serait jurée au moment du sacre), et, en face, le pouvoir royal qui refuse l’idée d’un contrat avec les sujets, l’idée même de respect des engagements. Dans le dernier article, Isabelle Bouvignies examine l’incompatibilité entre la souveraineté absolue telle que Bodin la définit dans sa République et l’auctoritas dont, selon les monarchomaques, le peuple disposerait pour limiter l’imperium royal. On y retrouve, selon elle, l’opposition entre « le juridisme d’inspiration romaine et l’héritage universaliste judéo-chrétien », voies qui ouvrent pourtant toutes deux sur l’avenir. Voilà, pour tout dire, un volume savant sans excès et fort stimulant. Partout s’y analyse, sous des angles divers, la modernité d’une pensée de la résistance au pouvoir qui tendait, paradoxalement vu la personnalité de ses promoteurs, à détacher le politique du religieux, et qui, remplaçant la confiance par la défiance, a marqué l’entrée dans une nouvelle ère.

Catherine MAGNIEN

 

François Hotman

 

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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 02:30

 

  La Renaissance est aussi un temps politique. Un temps où, partout, l'Etat se cherche, se défini, se construit. La chose publique fascine, humanistes et grands commis écrivent, pensent et créent les conditions du "nouveau" pacte entre le Prince et ses administrés. La cité et les citoyens, le roi et ses sujets, un jeu subtil entre les deux parties d'un tout, le corps et la tête, l'ensemble des acteurs et la somme des parties, se déroule. Tout est étudié, critiqué, analysé, jusqu'au plus petit rapport entre ceux qu'intéressent la Res Publica. Dans le royaume de France, celui de Philippe le Bel et Nogaret, la chose est entendue semble-t-il, le roi est "empereur en son royaume". Mais les écrits hésitent, tergiversent et derrière le consensus royal on devine une mise en équation qui n'est pa stoujours absolutiste. Le vieux mythe de la monarchie élective, toujours vrai dans l'Empire, est vivace. Le gouvernement peut et doit se faire avec les grands. En 1519, Claude de Seyssel dans la Grand'Monarchie de France se montre partisan d'un régime tempéré par trois freins, en particulier celui du Parlement. Charles Dumoulin aussi, en 1561, désigne la puissance royale comme plus tempérée qu'absolue. Jean Ferrault, en 1520, dans les Insignia pecularia Christianissimi Francorum regni, en revanche, fait dériver sa conception de la monarchie pontificale, énumérant les prérogative du Prince. Belliqueuse, la monarchie française pèse lourd sur les finances et par là accroit son emprise sur celle-ci. Duprat, Poyet, se font les zélés serviteurs d'un appareil dont les besoins s'accroissent en même temps que se développe la politique étrangère du monarque. Autoritaire la monarchie l'est par besoin, tandis que l'opinion majoritaire trancherait probablement nettement en faveur d'une voie médiane. Le Conseil du roi se spécialise ainsi au cours du XVIe siècle: section judiciaire déjà attestée sous Louis XI, régulier sous Charles VIII, financière, plus occasionnelle, et Conseil des affaires dit aussi étroit ou secret. La justice est ainsi, à travers le premier organe, dénommé Grand Conseil ou conseil des parties, soustraite pour partie aux cours souveraines auxquelles elle fut pourtant déléguée. Cela n'est pas sans entraîner de conflit avec les Parlements, bien sur. Spécialisation donc, mais accroissement aussi du nombre des intervenants; dix à vingt sous François Ier, ils seront jusqu'à 31 en 1551. Toutefois, rien n'est tranché et, dans l'ombre, à la lumière pâles des bougies, la balance a du mal à touver son équilibre.

Mais, voyons plutôt les opinions de Jean Montaigne et Nicolas Bohier, tous deux juristes: link

Antoine Duprat


 

 


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