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  • : Deux siècles. Deux siècles d'angoisse et de trouble pour la Chrétienté. Deux siècles de découvertes et d'innovations. Déchirée par des conflits religieux nés d'une volonté profonde de réforme, cette Europe, à peine suggérée comme une, est alors parcourue d'une énergie puissante, qui en fait l'un des foyers les plus vigoureux de l'expansion humaine.
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17 juillet 2011 7 17 /07 /juillet /2011 17:39

 

 

Ces chevaux légers, harassez dans un pais ruiné, sans solde et sans commissaires de vivres, se dispensèrent un peu légèrement de leur garde, surtout à la faction de la Loue, qui plaça son corps de garde fort foible, trop loin du passage ; cependant que Biron, premier mareschal de camp, soupçonné de favoriser les réformez, voulut, par un tour de maistre et extrême diligence, lever les soupçons et reproches, en accomplissant la promesse faite à Monsieur, de le mettre aux mains. Le lendemain il accompagna la promptitude et l’industrie du pont d’un ordre excellent, pour faire passer l’armée sans confusion. Les deux tiers des forces royales ayant pris place dans les prés d’outre l’eau avant soleil levé, la première chose que vid la Louë, fut un gros de six cornettes, parmi elles le grand estendart bleu, et Martigues, à la teste, venant au galop pour obliger l’armée par engagement des chevaux légers, qui, ne s’estans pas fait beaucoup prier pour faire place, se retirèrent vers un petit ruisseau, où ils trouvent Pluviaud avec ses six compagnies de pied. Lui et elles se perdoyent sans la troupe de l’admiral, et en mesme temps la Nouë, lequel, ayant renvoyé le plus gros trouver leur chef, prit les gardes d’Acier et, avec la Louë, fit une charge à ceux qui passoyent une vieille chaussée d’estang. Pluviaud les favorise d’un salve, et ne demeura guères à voir quatre cornettes qui, ayant passé par la queue de l’estang, vindrent sans marchander terrasser ces deux capitaines et rompre leurs compagnies. Alors il prent quelque petite haye pour avantage, se battant en retraicte par petites troupes. Martigues, pour l’enfoncer, donne à toute bride dans le village de Triac et en chasse deux cornettes, mais emplit tout le village. Andelot y donne avec six vingts salades, et, pour faict remarquable, ayant dit à ceux qui le suivoient : « Faictes comme moi, » allant au pas à la charge, donna du poing qui tenoit la bride sous la visière d’un qui l’affrontoit ; et, l’ayant levée, lui planta un coup de pistolet dans la teste ; quelques uns ont voulu que ce coup soit arrivé à Monsalez.

A cet exemple, la charge fut si rudement eschauffée par l’admiral qu’ils menèrent Martigues battant assez loin hors du village. Mais Brissac, avec douze cents arquebusiers, fit si beau feu qu’il mit tout dehors, et, l’ayant regagné, s’y barricada. Martigues prit place à droicte à sa faveur. Tout cela donna loisir au duc de Montpensier de placer son avant-garde, à Pluviaud de gagner un peu de pays, et à l’admiral d’envoyer un dangereux avis au prince : asçavoir de démesler son avant-garde par le combat de la bataille ; et ce qu’ils appelloyent bataille n’estoit que sept compagnies, pour ce que tout le reste estoit dans les logis à la main gauche de l’armée. Le conseil receu fut promptement suivi par ce prince, trop peu paresseux, qui appelle Soubize, Languilliers et Chouppes, leur dit qu’il les choisissoit pour lui servir de miroir, les avance à costé de Triac. Ceux-ci, ayans commandement par Chastelier-Portal, se perdent et lui avec eux dans le gros du duc de Montpensier, laissans à leur costé gauche trois cents chevaux ennemis qui les serrèrent. Après, Pluviaud, voulant estre de toute feste, favorisa encore ceste charge de deux cents des siens, avec lesquels il faisoit la retraite.

Cependant Monsieur arrive avec le gros. Et pour ce qu’il trouva au dessous de Triac un estang, il envoye 400 à la queue, présente à la chaussée un bataillon d’infanterie, duquel ayant parti le front en trois, les deux dernières files ayans pris leur place, reforme son bataillon à l’autre bout de la chaussée, laissans un bon espace pour ce qui suivoit. Ce fut un régiment de reistres, qui alla au trot menacer le flanc du gros à la teste duquel estoit le prince de Condé. Il arriva que ce prince, mettant son casque, un coursier du comte de la Rochefoucaut lui met l’os de la jambe en pièces, qui perçoit la botte. Il monstre ce spectacle aux plus proches, et leur ayant dit : « Voici, noblesse vrayement françoise, ce que nous avons tant désiré. Allons achever ce que les premières charges ont commencé, et vous souvenez en quel estat Louis de Bourbon entre au combat pour Christ et sa patrie. » Respondant à la devise de sa cornette, qui animoit un Curse romain de ces mots : « Doux le péril pour Christ et le pays. » Achevant ces paroles, il baisse la teste et donne à huict cents lances, dans lesquelles sa troupe parut peu ; d’ailleurs, aussi tost enveloppée des reistres que nous avons marquez, son cheval tué sous lui, ses plus proches tuez ou emportez, il donne le gantelet gauche à Argence, assisté de Saint-Jean des Roches.

Ce fut à la cheute de ce Prince que se fit un combat le plus aspre et plus opiniastré qu’on croid avoir esté aux guerres civiles ; entre les autres nous avons remarqué un vieillard nommé la Vergne, qui combattit ce jour là au milieu de vingt cinq nepveux, et se perdit avec quinze, tous en un monceau ; les autres dix presque tous prisonniers. Mais en fin ce que peurent deux cents cinquante gentilshommes, arrestez de deux mille en teste, enveloppez de deux mil cinq cents reistres à la droicte et de huict cens lances à la gauche, ce fut de mourir les deux tiers sur la place.

Du costé des huict cents lances survint encores Pluviaud pour jouer son jeu, avec lequel il donna moyen de se sauver à plusieurs, mais surtout à ceux qui estans démontez se jettèrent sur lui.

Dedans ceste multitude arriva Montesquiou, capitaine des gardes de Monsieur, et partant d’auprès de sa personne, qui vint au derrière du prince de Condé, et le tua d’un coup de pistolet entre ses deux garents. De là en avant, ceste grosse troupe print parti vers le haut chemin de Jarnac, l’autre fondit sur Pluviaud. Mais ce capitaine, ayant la rivière à sa gauche, se servit si à propos des buissons qui costoyoient et partageoyent les prez, qu’il garentit presque tousjours au pas sa troupe une lieue et demie. Et là il n’en pouvoit plus, quand les premiers des siens rencontrèrent six mille arquebusiers envoyez par Acier. Avec ceux-là s’estans jettez dans Jarnac, ils passèrent la rivière et rompirent le pont.

La perte des Réformés en ceste journée fut principalement du prince de Condé, de cent quarante gentilshommes morts sur la place ; entre ceux-là Montejan, Chandenier, et puis Chastelier-Portal et Stuart. Le premier de ces deux tué de sang-froid par les amis de Charri, en souvenance du Pont-Saint-Michel ; le dernier poignardé par un capitaine du connestable en achevant de parler à Monsieur, qui en ouyt les coups et quelque cri entre les portes de sa chambre ; le tiers des morts, Poitevins.

Les principaux prisonniers furent la Noue, la Loue, Languillier, Soubize, qui se sauva par la dextérité de Fonlebon, et Courbouson, qui depuis quitta le parti, pour ce qu’on avoit employé Sessac, prisonnier, à retirer La Noue plustost que lui. De l’autre costé se perdirent Monsalez, le comte de la Mirande, les deux barons d’Ingrande, Linières, Prunai et Moncavray avec environ quarante gentilshommes. Les drappeaux furent envoyez à Rome, non sans quelque augmentation, car il est certain que de cent vingt huict cornettes qui estoyent lors en l’armée, il n’y en eut que quinze qui vissent le combat ; et de plus, de deux cents enseignes de gens de pied, il n’y eut que les six de Pluviaud qui en approchassent d’une lieue.

Le corps du Prince fut porté sur une asnesse et exposé à la veue de tous sur une pierre contre un pilier de la galerie de Jarnac, où Monsieur prit son logis.

La poursuite dura jusques à cinq heures du soir, et, à la chaussée du grand estang, où plusieurs compagnies, qui n’avoyent point veu la bataille, firent ferme et un corps de garde bien avant dans la nuict ; là aussi les plus avancez des poursuivans, après quelques coups de pistolet, firent leur dernière poincte, que nous arrestasmes, sans les poursuivre hors nostre avantage.

 

Battle of Jarnac

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Published by lajerusalemdelivree.over-blog.com - dans Guerres de Religion
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