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  • : Deux siècles. Deux siècles d'angoisse et de trouble pour la Chrétienté. Deux siècles de découvertes et d'innovations. Déchirée par des conflits religieux nés d'une volonté profonde de réforme, cette Europe, à peine suggérée comme une, est alors parcourue d'une énergie puissante, qui en fait l'un des foyers les plus vigoureux de l'expansion humaine.
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23 mars 2011 3 23 /03 /mars /2011 07:38

L’histoire relatée dure une année : de septembre 1568 à la fin du mois d’août 1569. L’action se déroule en France, puis en Suisse, puis dans l’Empire des Habsbourg d’Autriche. Tout d’abord à Vienne, par la suite en Hongrie Habsbourgeoise : les Marches de l’Empire, la Carniole ( Slovénie et Croatie). L’histoire se termine dans la région de Karlstadt ( Carlovac) entre les fleuves Drava et Sava.

Les faits historiques en France

Charles IX est roi de France depuis la mort de son aîné François II ( 5 décembre 1560). De nature velléitaire, il se trouve systématiquement exposé à l’influence de sa mère, la reine mère, Catherine de Médicis, qui tente de gérer la crise religieuse de façon pragmatique - les historiens parlent d’une politique à l’italienne- sans fil directeur d’une réelle cohérence.

La politique des Valois se caractérise de ce fait par une série d’allées et venues qui varient selon les circonstances et les autres sources d’influence auxquelles les deux principaux détenteurs du pouvoir royal se trouvent exposés. Nous citerons en particulier le Maison de Lorraine, (le duc de Guise ainsi que son oncle, le cardinal de Lorraine) soutenue par le « Très catholique » Philippe II d’Espagne, le bras armé du Saint Siège (Pie V)

Les protestants ( huguenots) pour leur part, se défendant violemment contre l’amalgame consistant à les faire passer pour des insurgés désireux d’abattre la monarchie, tentent, eux aussi, d’influer sur la vie politique par une présence active à la Cour, entre chacune des « prises d’armes ».

Cela sera le cas essentiellement de la Maison de Bourbon (le prince de Condé) ainsi que des frères Châtillon : l’amiral de Coligny, D’Andelot....

L’arbitre entre ces deux tendances se trouve être le chancelier de l’Hôpital à la tête d’un parti : « les Politiques » qui tentera jusqu’à sa révocation (été 1568) de rapprocher les camps adverses et ainsi d’éviter la guerre: vaines tentatives contrecarrées systématiquement tant par les Guise que par Montmorençy.

En France l’année 1568-1569 est une période de transition: passage de la deuxième guerre à la troisième guerre de religion. Les deux bornes en sont la paix de Longjumeaux ( 22 mars 1568) et le traité de Saint-Germain ( 8 août 1570). Les faits saillants sont les deux grandes batailles entre les armées catholiques et protestantes : Jarnac (13 mars 1569) et de Moncontour (3 octobre 1569) dont le vainqueur sur le plan militaire et surtout politique, sera le duc d’Anjou (Henri de Valois (futur Henri III).

Au cours de l’année 1570 alors que le traité de Saint-Germain est signé, la situation politique de la France ne s’est pas clarifiée : on en revient une nouvelle fois aux clauses de l’Edit d’Amboise (19 mars 1563) qui en son temps, déjà , n’avait rien réglé. Cela étant, l’amiral de Coligny revient aux affaires où il restera jusqu’à son assassinat ( 23 août 1572: déclenchement de la Saint-Barthélémy).

C’est donc la guerre qui constitue la donnée fondamentale de cette période. Le conflit religieux a dégénéré en conflit d’influence où chacun des adversaires tente de s’imposer par la force des armes. Or, la conduite de la guerre nécessite de la part des belligérants la possession d’une armée structurée, organisée, bref, capables d’assumer les modalités, toujours onéreuses, d’une campagne contre le camp adverse.

En fait, cela n’est le cas pour aucun des deux partis en présence. Il existe, en effet, une armée catholique ainsi qu’une armée protestante, mais d’effectifs bien trop faibles pour pouvoir conduire des actions décisives ;par conséquent on loue des mercenaires en Suisse, en Bavière, dans le Württemberg, en Saxe, des reîtres et des lansquenets, des corps d’armée de soldats professionnels, dont on espère qu’ils seront en mesure de faire la différence sur le champ de bataille. L’enrôlement de ces soldats de métier, cependant, se heurte à une restriction de taille : pas d’argent, pas de combat ! Les campagnes et autres actions militaires ne peuvent être conduites que dans la mesure où les « employeurs » sont assez argentés pour rémunérer leurs soldats. Faute de quoi le combat s’arrête, ou pire : les mercenaires non soldés proposent leurs services à l’adversaire et se retournent contre leur propre camp. Cela sera le cas à Moncontour.

Les caisses de la France, qui n’était pas riche depuis les guerres d’Italie, s’épuisent ainsi en peu de temps, de sorte que le roi se trouve désespérément à la recherche de fonds.

Certes Catherine de Médicis n’hésitera pas à faire vendre certains des biens du clergé, expédient, pourtant, qui sera loin de garantir aux caisses de l’Etat leur approvisionnement. C’est donc vers les banques et autres instituts financiers que devront se tourner les Valois, car les banquiers et autres monnayeurs et argentiers constituent de longue date les bailleurs de fonds de toute l’Europe -on pense au rôle des Fugger dans l’élection de Charles Quint- lesquels déterminent de façon occulte, mais souvent décisive, le cours des évènements économiques certes, mais aussi, par contre coup, les politiques. Au nombre de ces banquiers figure en bonne place le duc de Naxos, Joseph Micas, qui joue un rôle considérable au Diwan de Constantinople, où son influence auprès du Grand Turc -à côté du grand vizir Sokoli dont il est le rival- se révélera dans cette seconde moitié du XVIème siècle considérable.

La situation en Méditerranée

Le XVIème siècle consacre en Méditerranée la rivalité entre les navires turcs - l’Armada ottomane est alors évaluée à 220 navires - et les flottes des pays chrétiens : Venise, les Etats Pontificaux et finalement l’Espagne qui se trouve elle-même aux prises avec la flotte « barbaresque » en provenance d’Alger où Eulj Ali règne en maître depuis mars 1568 ; il étendra d’ailleurs son pouvoir jusqu’à Tunis dont il se rendra maître en janvier 1570.

Ce face à face continu verra son aboutissement à la bataille de Lépante (7 octobre 1571) et l’écrasement momentané de la force maritime ottomane par la coalition des pays chrétiens : « la Sainte Ligue » sous le commandement de Don Juan d’Autriche.

La guerre de Grenade et la question maurisque

Qui sont les Maurisques ? Il s’agit au XVIème siècle des derniers descendants de ces populations maures datant de la grande expansion islamique du 8ème siècle, épargnés par la Reconquista et qui se sont maintenues dans la région de Grenade au gré des circonstances ainsi que du bon vouloir des souverains Très Catholiques. En 1492, à l’instigation d’Isabelle d’Espagne ils perdent toute liberté religieuse, cultuelle et culturelle. L’ultimatum est clair : la conversion où l’exil. Paradoxalement un grand nombre d’entre eux acceptent de devenir chrétiens et la situation semble se stabiliser.

Pourtant un peu plus d’un demi siècle plus tard, la région s’enflamme de nouveau : en fait les conversions s’avèrent n’avoir été que des actes de façade. En 1568, prenant pour prétexte des différends de matière politique communale et de réglementations foncières, les « Mudejares » se soulèvent contre le pouvoir royal. Ils se donnent un roi : Aben Humeya et s’engagent dans un conflit d’une violence inouïe, dans les montagnes de l’Alpurajar.

Les troupes espagnoles assemblées à la hâte essaient d’endiguer, de façon plus ou moins cohérente, ce qui, au tout début du conflit, apparaît comme une révolte de paysans, phénomène, somme toute, assez fréquent au XVIème siècle. Précisons également que Philippe II se trouve, au point de vue militaire, dans une situation singulièrement inconfortable : le gros de ses troupes a été envoyé depuis septembre 1567 aux Pays-Bas sous le commandement du duc d’Albe afin de combattre Guillaume d’Orange tentant de libérer les Provinces Unies du joug espagnol.

Cette guerre , car c’est bien de ce type de conflit qu’il s’agit ici, durera deux ans. Les rebelles seront définitivement battus par Don Juan d’Autriche en novembre 1570. Quelles sont les revendications des Maurisques ? 
-  essentiellement le retour à l’Islam de leurs ancêtres 
-  le droit de pratiquer leurs coutumes, leur langue 
- la reconnaissance de leur spécificité culturelle inhérente à leur origine arabe, nous dirions au 20ème siècle « le droit à la différence »

En quoi la guerre de Grenade est elle en mesure de déstabiliser la situation en Méditerranée occidentale et partant dans toute l’Europe ?

Les chefs maurisques savent depuis le début du conflit qu’ils ne pourront vaincre militairement l’Espagne, même si cette dernière se trouve amputée de ses « vieilles bandes » qui guerroient en Flandres depuis la fin de l’année 1567.

Ils ont, par contre, une parfaite connaissance de la situation en Méditerranée grâce aux corsaires barbaresques qui les soutiennent par des livraisons d’armes et de subsistances. Ils savent, en particulier, que toutes les mosquées de l’Afrique du Nord sont devenues des centres où leurs frères en Islam leur apportent, qui des armes, qui des subsides de toutes sortes. Ainsi le mouvement maurisque prend-il une ampleur telle, dans la totalité du monde musulman, que les chefs de l’insurrection décident de conduire une action diplomatique d’envergure afin d’attirer l’attention du monde musulman sur la situation des Mudejares. C’est évidemment à Constantinople que leur émissaire trouvera la plus grande audience : le Grand Turc n’est-il pas « l’Amir al’ mu’ minin ’’ » : le gardien des croyants? Ne doit-il pas s’engager aux côtés de ses frères en Islam qui combattent leur oppresseur chrétien? Voilà en tout cas la conclusion à laquelle arrive le grand vizir Mehmet Sokolli lorsqu’il prend connaissance de la situation de la bouche de l’émissaire maurisque qui est venu plaider la cause de l’insurrection auprès du Diwan. C’est ainsi que jaillit dans son esprit l’idée de l’intervention de l’Armada ottomane à Grenade.

Cela fournirait à l’Empire Ottoman l’excellent prétexte de débarquer en Espagne, qu’il savait désarmée, et de s’assurer, de ce fait, une suprématie définitive en Méditerranée occidentale. Alors pourquoi ne pas envisager une reconquête de la Péninsule Ibérique par les cohortes des janissaires? Sans compter le fait que les bonnes relations avec la France - tant avec les huguenots qu’avec les catholiques - permettraient la traversée du royaume des Valois par l’armée ottomane qui pourrait ainsi lancer ses attaques d’abord contre la Franche Comté (propriété de l’ Empire), puis contre Vienne à partir des Alpes dans un mouvement tournant.

Bref, l’intervention à Grenade, dans l’esprit de Sokolli, se présente comme un don du ciel, une opportunité historique unique que le Grand Turc se doit de saisir pour les raisons invoquées. Sélim II - le premier des sultans fainéants - s’interroge. En réalité il a peur d’agir et ne saisit pas le caractère exceptionnel d’une telle combinaison d’évènements. En attendant la décision du Grand Turc, le grand vizir Sokolli prépare son plan d’attaque: pour lancer une intervention de cette envergure contre Grenade, il faut à l’Armada un havre d’hivernage et de repli qui ne soit pas trop éloigné des côtes espagnoles. Alger se trouvant systématiquement en butte au blocus de la flotte du Très Catholique, une seul solution s’impose, d’elle-même: les côtes de la France, pays qui, du fait de sa dette contractée auprès des banquiers de la Porte, ne peut rien refuser au Grand Turc. C’est ainsi que la demande est faite auprès du roi de France. L’ Armada turque hivernerait dans le port de Toulon comme cela avait déjà été le cas, en 1543, à l’époque de Barberousse et de François 1er.

Les Valois, débiteurs de la Porte, profiteraient de cette opportunité afin de rembourser leur dette, en fournissant à l’Armada le matériel militaire et le ravitaillement dont elle aurait besoin lors de son hivernage, en vue de lancer ses attaques contre les côtes espagnoles à la belle saison.

Ici s’arrêtent les faits historiques et commence la fiction qui imagine l’existence d’un convoi considérable arrivant de Paris et descendant le Rhône à destination de la flotte turque. Ce convoi - remboursement partiel de la dette des Valois contractée auprès des banquiers de la Porte - est constitué de tout le matériel militaire qui permettra l’hivernage de l’Armada ainsi que ses actions militaires contre Grenade. On murmure, de plus, que ledit convoi contiendrait également de l’or à destination de l’amirauté ottomane. Nous sommes en février 1569, toute l’Europe retient son souffle. L’Armada turque va-t-elle attaquer Grenade? Que fera le Turc une fois qu’il aura posé le pied sur le continent? Poursuivra-t-il son action à travers toute l’Europe - en particulier contre les Habsbourg d’Autriche - avec, sinon la complicité, du moins l’accord tacite de la France ?

Les Habsbourg d’Autriche. L’empereur Maximilien II qui a combattu personnellement les Turcs du temps de Soleiman, tient, avant tout, à se prémunir contre ce qu’il considère comme un péril majeur pour l’Empire.

Pour ce faire, il entretient un réseau complexe d’informateurs et d’agents qui le renseigne de façon détaillée sur les diverses actions militaires et maritimes de la Sublime Porte. L’affaire des Maurisques est suivie de lui avec la plus grande attention, et, dès qu’il est mis au courant de la démarche de l’émissaire des insurgés de Grenade, auprès du Diwan de Constantinople, il décide d’agir: les Ottomans ne devront en aucun cas poser le pied sur la Péninsule Ibérique, « Sinon, un mois plus tard ils nous attaqueront la Franche Comté et prendront Vienne en tenaille ». C’est au conseiller secret d’Empire Adam von Dietrichstein qu’échoit la mission de faire avorter le projet de Charles IX consistant à apporter aide et soutien à la flotte turque lors de son hivernage dans le port de Toulon. D’une part le convoi d’assistance ne devra jamais atteindre sa destination, d’autre part tout devra être tenté pour que les ottomans renoncent à leur projet d’alliance avec les Maurisques de Grenade

 
 
 
Fernando Bertelli, Die Seeschlacht von Lepanto, Venedig 157

Un lien direct vers un Mémoire de Recherche dont l'intitulé est: "Les batailles entre chrétiens et Ottomans dans la Méditerranée du XVIe siècle. L’étude d’une iconographie, 1535–1575."

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Published by lajerusalemdelivree.over-blog.com - dans Méditerranée
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